La guerre contre l’Iran entre dans une nouvelle phase : de l’affaiblissement militaire à la paralysie de l’État
L’élargissement des cibles américaines indique que la campagne militaire commence à dépasser la simple destruction d’armements. Les systèmes qui permettent à la République islamique de gouverner le pays, de déplacer ses troupes et de financer sa guerre sont désormais également mis sous pression. Cette évolution rend le régime considérablement plus vulnérable, même si son effondrement n’est ni inévitable ni nécessairement imminent.

La guerre contre l’Iran est entrée dans une phase plus large et potentiellement décisive. Ce qui est nouveau n’est pas que des dirigeants iraniens ou des installations économiques soient pris pour cible, mais l’ampleur et le caractère systématique de la pression américaine exercée sur les réseaux de transport, la logistique militaire, les systèmes de communication, les ports et les flux d’exportation iraniens.

La première phase de la campagne s’est principalement concentrée sur les centres de commandement, les systèmes de défense aérienne, les sites de lancement de missiles et de drones, les capacités navales ainsi que les infrastructures du Corps des gardiens de la révolution islamique. Ces cibles demeurent importantes. Le 19 juillet, le Commandement central des États-Unis a annoncé que ses frappes les plus récentes avaient visé des centres de commandement iraniens, des réseaux de communication, des installations de défense aérienne et de surveillance côtière, des moyens maritimes ainsi que des positions de missiles et de drones. L’objectif officiellement déclaré reste de réduire la capacité de l’Iran à menacer les forces américaines et la navigation commerciale — et non de provoquer la chute du régime.

Le schéma opérationnel s’élargit cependant de manière évidente. Des frappes récentes ont visé des ponts menant à Bandar Abbas, des liaisons routières et ferroviaires, une gare, un aéroport ainsi que ce que le CENTCOM a qualifié d’« infrastructure logistique militaire ». Une tour de surveillance située dans le port de Chabahar a également été détruite, car Washington affirme qu’elle était utilisée par les gardiens de la révolution pour suivre les navires commerciaux.

Les autorités iraniennes ont par ailleurs signalé des attaques contre des infrastructures électriques, bien que tous les sites mentionnés n’aient pas été confirmés de manière indépendante par les États-Unis.

Cela ne prouve pas que Washington ait officiellement adopté l’effondrement du régime comme objectif de guerre. Les ponts, les systèmes de communication et les installations portuaires peuvent remplir une fonction militaire directe, notamment lorsqu’ils approvisionnent une base navale ou soutiennent des attaques contre la navigation. Une stratégie ne doit toutefois pas être évaluée uniquement à partir des déclarations officielles, mais également en fonction des effets cumulés du choix des cibles.

La destruction d’un lanceur de missiles élimine une arme. La rupture des routes, de l’approvisionnement énergétique, des communications et des flux financiers qui soutiennent cette installation frappe l’ensemble du système capable de remplacer et d’utiliser de tels armements.

Le centre de gravité stratégique se déplace ainsi des moyens militaires iraniens pris individuellement vers l’appareil d’État plus large qui permet au pays de maintenir sa puissance militaire. Les corridors de transport relient les sites de production aux ports et aux bases militaires. L’électricité alimente les communications, l’industrie et l’administration publique. Les ports permettent l’approvisionnement du pays et génèrent des recettes d’exportation. Les revenus pétroliers financent l’appareil sécuritaire, les salaires des fonctionnaires et les réseaux régionaux de l’Iran.

L’effet concret — et, de plus en plus, l’objectif stratégique probable — consiste à augmenter le coût du fonctionnement de l’État jusqu’à ce que le régime soit contraint de choisir entre le financement de la guerre, le maintien de son appareil répressif et la garantie des services publics essentiels.

Le rétablissement du blocus naval américain renforce cette interprétation. Les États-Unis ne se contentent pas d’attaquer les forces iraniennes. Ils restreignent également le trafic maritime à destination et en provenance des ports iraniens et interceptent les navires qui tentent de les atteindre. Les fondements commerciaux et financiers de l’État sont ainsi directement mis sous pression, même lorsque les installations de production pétrolière ne sont pas elles-mêmes détruites.

L’Iran cherche parallèlement à élargir le champ de bataille. Ses attaques et ses menaces contre les forces américaines et leurs partenaires régionaux — notamment le Qatar, Bahreïn, le Koweït et la Jordanie — visent à internationaliser le coût de la guerre.

Téhéran ne peut rivaliser avec la puissance aérienne conventionnelle américaine. Il peut toutefois menacer des bases militaires, des installations énergétiques, des usines de dessalement et des navires commerciaux. L’Iran espère ainsi que les États du Golfe, les marchés de l’énergie et les entreprises internationales feront pression sur Washington pour mettre fin à la campagne.

Cette escalade horizontale ne constitue pas, à elle seule, la preuve d’un effondrement imminent. L’Iran dispose toujours d’une structure de commandement militaire coordonnée et conserve la capacité d’infliger des dommages. Cette stratégie montre néanmoins que le régime dispose d’un éventail de plus en plus limité d’options viables. Incapable d’imposer une supériorité militaire au-dessus de son propre territoire, il tente de rendre le coût économique et politique de la campagne américaine insupportable dans l’ensemble de la région.

Le seuil d’escalade le plus lourd de conséquences demeure l’île de Kharg. Environ 90 % des exportations pétrolières iraniennes transitent par cette île. Kharg constitue donc à la fois la principale source de revenus du régime et son point de vulnérabilité économique le plus important.

Les forces américaines ont précédemment attaqué plus de 90 cibles militaires sur Kharg tout en épargnant délibérément les infrastructures pétrolières. Une attaque directe contre le terminal d’exportation — ou une tentative de prise de contrôle de l’île — représenterait un niveau d’escalade fondamentalement différent.

Kharg est le principal point de vulnérabilité financière de l’Iran, mais le détroit d’Ormuz constitue le point névralgique du marché mondial de l’énergie. En temps normal, environ un cinquième du commerce pétrolier mondial transite par ce détroit. Le 19 juillet, seuls quatre passages de navires ont été enregistrés, contre huit la veille. Le prix du pétrole Brent a ensuite dépassé 90 dollars le baril, les marchés commençant à intégrer la possibilité de perturbations prolongées. Reuters a indiqué que les stocks pétroliers se trouvaient déjà à leur niveau le plus bas depuis cinq ans.

Une interruption durable des activités de Kharg, combinée au maintien des restrictions dans le détroit d’Ormuz, transformerait le conflit régional en une crise mondiale de l’énergie, de l’inflation et du transport maritime.

Du point de vue de l’analyse du renseignement, le risque structurel d’une crise systémique en Iran est désormais exceptionnellement élevé. Les dommages causés par la guerre, les perturbations des transports, la baisse des recettes d’exportation, l’inflation, l’arrêt de certaines activités industrielles et la pression croissante sur les finances publiques affaiblissent progressivement la capacité administrative de Téhéran.

Parallèlement, le régime utilise les conditions de guerre pour intensifier la répression politique, les arrestations et les exécutions. Amnesty International a documenté cette aggravation de la répression intérieure.

L’affaiblissement de l’État ne signifie cependant pas automatiquement l’effondrement du régime. Les systèmes autoritaires peuvent survivre à des difficultés économiques extrêmes tant que leurs institutions répressives et sécuritaires demeurent unies, suffisamment approvisionnées et convaincues que leur propre survie dépend du maintien du régime.

Les indicateurs décisifs ne seront donc pas le nombre de ponts ou d’installations militaires détruits. Il faudra observer une mobilisation civile à l’échelle nationale, des divisions visibles au sein de l’élite politique, un recul de la loyauté parmi les gardiens de la révolution et les forces du Bassidj, le refus d’obéir de certaines unités de sécurité, l’incapacité de financer l’appareil répressif, la perte de contrôle de certaines provinces et l’émergence d’une alternative politique crédible.

Ces conditions ne sont pas encore toutes réunies. Les gardiens de la révolution demeurent relativement unis et pourraient même étendre leur influence à mesure que les institutions civiles s’affaiblissent. Une attaque étrangère peut également provoquer une vague de nationalisme et rassembler temporairement certaines parties de la population autour de l’État — y compris des citoyens qui s’opposaient auparavant à la République islamique.

Avant d’atteindre un véritable point de rupture, Téhéran intensifiera probablement la répression, limitera davantage les communications, militarisera les grandes villes et accordera la priorité au financement de ses institutions sécuritaires plutôt qu’aux besoins de la population. Le régime pourrait simultanément chercher à conclure un accord diplomatique limité avec Washington afin d’obtenir un allègement économique et de gagner du temps, sans abandonner ses fondements idéologiques.

L’évolution à long terme indique néanmoins une instabilité systémique croissante. Si la pression militaire, l’épuisement financier, la détérioration des infrastructures, la mobilisation nationale de la population et les divisions au sein de l’appareil sécuritaire finissent par converger, la République islamique pourrait entrer dans sa phase finale.

L’effondrement ne commencerait pas nécessairement par la chute spectaculaire de Téhéran ou par la disparition immédiate du régime. Il pourrait débuter bien plus tôt, lorsque le gouvernement ne serait plus capable de transporter du carburant, de payer ses institutions, de fournir de l’électricité, de coordonner ses provinces ou de faire appliquer ses décisions en dehors des centres encore contrôlés par les gardiens de la révolution.

À ce stade, la République islamique pourrait toujours posséder des armes, des bâtiments gouvernementaux et des institutions officielles. Vue de l’extérieur, elle pourrait même sembler encore intacte. D’un point de vue stratégique, elle aurait pourtant déjà cessé de fonctionner comme un système de gouvernement viable.

Le centre de gravité de la guerre se déplace donc des lanceurs de missiles vers le fonctionnement même de l’État. Il reste incertain que Washington cherche, par cette pression, à obtenir des négociations, un changement de comportement ou, à terme, la chute du régime.

Mais la campagne ne met plus uniquement à l’épreuve la capacité de l’Iran à poursuivre la guerre. Elle teste de plus en plus la capacité de la République islamique à survivre.

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