Quand les partis morts utilisent l’antisémitisme comme défibrillateur

Il est des partis politiques qui évoluent. Et il en est d’autres qui s’effondrent si complètement qu’il ne leur reste plus que l’électrochoc.

Gwendolyn Rutten—ancienne ministre, ancienne présidente de parti, jadis figure de proue du libéralisme flamand—semble aujourd’hui incarner davantage une présence spectrale qu’un mouvement vivant. Le parti qu’elle dirigeait n’était pas une construction ordinaire. Il était un pilier. Il portait les valeurs du libre marché, de la responsabilité individuelle et d’une colonne vertébrale idéologique claire. Il fut aussi, pendant des années, un parti auquel de nombreux Juifs flamands accordaient leur confiance—certains allant jusqu’à être élus sur ses listes.

Ce parti a désormais été rebaptisé ANDERS. Différent. Le terme est juste, quoique sans doute malgré lui. Car ce qu’il en reste aujourd’hui est à peine reconnaissable.

Le glissement n’est pas une nuance. C’est une rupture. Un parti autrefois ancré dans le libéralisme économique a dérivé vers la gauche dans sa quête d’oxygène, abandonnant au passage les principes mêmes qui le définissaient. Quand l’idéologie s’évapore, la stratégie prend le relais. Et lorsque la stratégie échoue, la provocation s’impose.

Dans un paysage politique de gauche saturé, où la concurrence est vive et l’attention fugace, une seule monnaie circule avec efficacité : l’indignation. Et dans certaines régions d’Europe, des sous-entendus antisémites—plus ou moins dissimulés—se révèlent être un instrument d’une redoutable efficacité.

La rhétorique récente de Rutten autour de l’Eurovision s’inscrit de manière troublante dans cette dynamique. Évoquer un boycott, suggérer des récits liés à l’argent et à l’influence en les associant à des acteurs juifs—ce n’est pas une maladresse de langage. C’est une provocation calculée. Elle réactive d’anciens réflexes, d’anciennes suspicions, d’anciens préjugés que l’Europe aurait dû reléguer au passé.

Soyons clairs : critiquer des événements, des sponsors ou des gouvernements est parfaitement légitime. Mais lorsque cette critique se nourrit d’insinuations sur « qui contrôle » et « qui paie », elle cesse d’être une analyse pour devenir l’écho de quelque chose de bien plus ancien—et de bien plus sombre.

Ce n’est pas une réinvention. C’est une réanimation par défibrillateur—haute tension, risque élevé, et rarement durable.

Car le paradoxe est là : en cherchant à rivaliser avec des formations plus à gauche en adoptant une rhétorique toujours plus dure et plus agressive, on ne gagne pas en crédibilité—on perd son identité. On ne ressuscite pas un mouvement—on le vide de sa substance.

Et pire encore : on banalise un langage qui devrait rester politiquement toxique.

L’Europe a déjà connu cela. Lorsque des acteurs établis commencent à flirter avec des narratifs autrefois confinés aux marges, les lignes se déplacent. Ce qui était impensable devient discutable. Ce qui devient discutable finit par devenir acceptable.

Rutten a peut-être atteint un objectif : revenir à la une. Mais l’attention n’est pas la légitimité. Le bruit n’est pas une renaissance.

Si telle est la stratégie pour ramener à la vie un « parti mort », elle est dangereuse. Car un défibrillateur ne crée pas la vie—il tente seulement de la rétablir. Et lorsqu’il n’y a plus rien à rétablir, il ne reste que le choc.

L’Europe n’a pas besoin de formations politiques d’outre-tombe—de mouvements animés non par des principes, mais par l’opportunisme et le ressentiment.

Certaines choses, une fois enterrées, doivent le rester.

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