Une histoire attribuée à Ronald Reagan raconte qu’une petite fille souhaite devenir présidente afin de procurer un logement et de la nourriture aux sans-abri. Reagan lui propose de commencer immédiatement : entretenir son jardin, gagner cinquante dollars et donner cet argent à quelqu’un qui en a besoin. La fillette réfléchit un instant. Ne serait-il pas plus logique que cette personne effectue elle-même le jardinage et soit directement rémunérée ?
« Bienvenue au Parti républicain », lui répond-il.
Derrière cette histoire se cache une question essentielle : le gouvernement doit-il avant tout permettre aux citoyens de créer des richesses, ou décider de plus en plus de la manière dont ils doivent les créer, les répartir et les utiliser ?
Cette question concerne autant la liberté que l’argent.
Le capitalisme est un système économique dans lequel les particuliers et les entreprises privées peuvent posséder des biens, investir, employer du personnel, vendre des produits et se faire concurrence pour attirer des clients. Les prix résultent généralement des échanges entre acheteurs et vendeurs. Le profit récompense les décisions fructueuses ; les pertes indiquent que les ressources pourraient être mieux utilisées ailleurs.
Le capital ne se limite pas à la fortune des milliardaires. Il comprend aussi les locaux d’un commerçant, l’épargne d’une famille, les machines d’un agriculteur et l’investissement d’un entrepreneur. Le Global Capitalism Index reconnaît également le capital humain : les connaissances, l’expérience et les compétences que chacun mobilise dans son travail.
Dans sa définition la plus simple, le capitalisme consiste à pouvoir faire quelque chose de productif avec ce que l’on possède et ce que l’on sait.
Son lien avec la liberté individuelle en découle naturellement. Une personne qui peut choisir son employeur, créer une entreprise, constituer une épargne ou soutenir une organisation indépendante dispose d’une autonomie concrète. La liberté économique offre des solutions de rechange à la dépendance envers le pouvoir politique.
Un journal financé de manière indépendante peut demander des comptes à un ministre. Un entrepreneur peut soutenir une cause impopulaire. Un salarié qui dispose de plusieurs employeurs potentiels peut quitter un environnement qui exige le conformisme. L’épargne peut donner à une famille les moyens de déménager, de se reconvertir ou de refuser un arrangement inacceptable.
La liberté à l’égard de l’intervention de l’État dans la vie économique contribue à préserver la liberté dans les autres domaines de l’existence. Lorsque l’État exerce un contrôle accru sur les moyens de subsistance, les investissements et les possibilités offertes aux citoyens, il acquiert également une influence potentielle plus grande sur ceux qui en dépendent.
Deux publications de l’Université de Virginie — le rapport annuel 2025 du Global Capitalism Index et son livre blanc méthodologique — proposent un cadre pour examiner cette relation. Elles évaluent huit dimensions, notamment les droits de propriété, la concurrence, les marchés du travail, le financement, la création d’entreprises et la circulation des biens et des capitaux.
Leur définition reconnaît explicitement que les obstacles peuvent provenir aussi bien de l’État que d’intérêts privés. Un monopole qui empêche de nouveaux acteurs d’accéder au marché peut restreindre la liberté économique aussi efficacement qu’un ministère qui refuse une autorisation de commercer.
Le rapport annuel constate une association positive entre capitalisme et démocratie libérale, avec une corrélation de 0,66. Les pays dotés d’institutions capitalistes plus solides obtiennent également, en général, de meilleurs résultats en matière de développement humain et de satisfaction à l’égard de la vie.
Il s’agit d’associations, et non de la preuve que le capitalisme engendre automatiquement la liberté politique. Certains indicateurs partagent aussi des éléments institutionnels, comme l’État de droit. Le rapport reconnaît lui-même que des institutions capitalistes solides peuvent coexister avec une démocratie électorale limitée.
La liberté économique constitue donc un fondement sur lequel une liberté plus large peut se développer. Elle a toujours besoin de garanties constitutionnelles, de tribunaux indépendants et de droits politiques.
L’Amérique représente un cas particulièrement révélateur.
Dans le classement de 2025, les États-Unis occupent la deuxième place, avec 95,0 points, derrière la Suisse, qui en obtient 96,9. En 2009, l’Amérique était sixième. Sa position relative s’est donc renforcée au cours de la période étudiée.
Son principal avantage mesuré est le degré de développement de ses marchés de capitaux, pour lequel elle occupe la première place. Elle se classe également troisième pour la libre circulation des biens et des capitaux, et sixième pour la création et la croissance de nouvelles entreprises. Cela contribue à expliquer pourquoi tant d’innovations majeures naissent aux États-Unis ou y acquièrent une dimension mondiale : les marchés de capitaux américains peuvent financer le parcours coûteux qui mène d’une idée ambitieuse à une véritable industrie. Cette capacité est particulièrement importante pour des projets tels que la recherche de la superintelligence et le développement des technologies spatiales commerciales, qui peuvent nécessiter des investissements considérables bien avant qu’un rendement prévisible ne soit envisageable.
L’avantage américain va donc au-delà de l’invention elle-même. Une découverte a besoin de financement pour devenir un produit, et un produit prometteur exige de nouveaux investissements pour atteindre des millions de clients. Les laboratoires, les infrastructures informatiques, les usines et les systèmes de lancement ne se construisent pas avec des idées seules. Les marchés de capitaux permettent aux investisseurs de soutenir des approches concurrentes, d’accepter le risque d’échec et de fournir aux entreprises qui réussissent les moyens de se développer. La liberté économique donne aux innovateurs la latitude d’entreprendre ce que les institutions établies peuvent juger trop incertain ; l’accès au capital leur donne les moyens de le réaliser.
Que se passerait-il si les promesses de Mamdani étaient mises en œuvre à l’échelle fédérale ?
Prétendre donner un classement futur précis reviendrait à l’inventer. Le GCI n’est pas une calculatrice dans laquelle il suffirait d’introduire une hausse d’impôt pour obtenir la nouvelle position de l’Amérique. La conception, l’ampleur et l’application des politiques comptent, tout comme leurs effets sur l’investissement, la concurrence et la création d’entreprises.
Deux trajectoires restent néanmoins plausibles.
Une Amérique qui développerait les services de garde d’enfants tout en préservant des marchés concurrentiels, des droits de propriété solides et de fortes incitations à investir pourrait rester proche du sommet. Ces services pourraient même permettre à davantage de parents de travailler ou de créer une entreprise. Les positions élevées de plusieurs États-providence européens montrent que des prestations sociales importantes peuvent coexister avec des institutions capitalistes solides.
Un programme fédéral plus large, reposant sur des contrôles durables des prix, des investissements dirigés par le pouvoir politique, des entreprises publiques privilégiées et des restrictions imposées à l’initiative privée, aurait une autre portée. Il transférerait les décisions des citoyens et des entreprises vers l’État. Si ces mesures affaiblissaient l’accès au marché, l’investissement et les droits de propriété, la force du capitalisme américain — et sa position dans le GCI — se dégraderait.
Une telle évolution pourrait également fragiliser le mécanisme qui contribue au financement de l’innovation américaine. Les investisseurs qui envisagent des projets incertains mettent en balance les gains potentiels et les risques. Des politiques qui réduisent sensiblement ces gains ou rendent les conditions d’investissement moins prévisibles peuvent décourager les engagements financiers nécessaires au développement et au déploiement de nouvelles technologies. Les conséquences dépasseraient les entreprises concernées pour toucher les industries et les possibilités qui auraient autrement pu voir le jour.
Le danger est cumulatif. Chaque intervention peut sembler maîtrisable lorsqu’elle est considérée isolément. Ensemble, elles peuvent modifier la relation entre le citoyen et l’État.
L’Europe montre pourquoi cette distinction est importante.
Les positions suivantes proviennent du classement de 2025 publié dans le rapport annuel :
|
Pays |
Classement mondial |
Score |
|
Suisse |
1 |
96,9 |
|
États-Unis |
2 |
95,0 |
|
Luxembourg |
6 |
92,5 |
|
Danemark |
7 |
91,9 |
|
Suède |
9 |
90,6 |
|
Norvège |
10 |
90,3 |
|
Royaume-Uni |
12 |
90,1 |
|
Finlande |
16 |
88,3 |
|
Pays-Bas |
18 |
87,4 |
|
Belgique |
19 |
86,6 |
|
France |
21 |
85,2 |
|
Allemagne |
24 |
84,4 |
L’Europe compte plusieurs des systèmes capitalistes les plus solides au monde. Le Danemark, la Suède et la Norvège montrent qu’une protection sociale étendue n’abolit pas, en elle-même, le capitalisme. Leurs positions élevées reflètent l’importance d’institutions efficaces, des droits de propriété et de marchés concurrentiels.
Ce constat limite également la portée des arguments fondés exclusivement sur les taux d’imposition. Le rapport ne conclut pas qu’une fiscalité faible constitue une condition nécessaire à un système capitaliste solide. Cela ne signifie pas que l’impôt soit sans coût économique. Cela signifie que l’organisation des marchés compte, au même titre que les sommes prélevées par les pouvoirs publics.
L’Europe doit néanmoins se garder de toute complaisance. Le rapport fait état d’une baisse de quatre points du score moyen de l’Europe occidentale entre 2009 et 2025.
Ailleurs, des progrès considérables ont été enregistrés. Les plus fortes hausses concernent le Zimbabwe, avec 18,5 points supplémentaires ; l’Algérie, avec 16,7 ; et les Seychelles, avec 16,2. L’Albanie a gagné 15,3 points, le Rwanda 13,7 et la Géorgie 12,6.
Il faut distinguer les progrès accomplis du niveau atteint. Le Zimbabwe partait d’un niveau très bas. L’Albanie, classée quarante et unième, et la Géorgie, quarante-quatrième, restent derrière la Belgique. Leurs avancées montrent que les conditions institutionnelles peuvent s’améliorer sensiblement ; elles ne prouvent pas que ces pays offrent aujourd’hui les meilleures garanties générales de liberté.
Pour les lecteurs belges, la dix-neuvième place ne devrait susciter ni désespoir ni autosatisfaction.
La Belgique demeure une économie capitaliste développée, devant la France et l’Allemagne dans cet indice particulier. Elle se classe toutefois vingt-cinquième pour l’ouverture du marché du travail et vingt-huitième pour le développement des marchés de capitaux. Ces résultats désignent des domaines à examiner plutôt que des raisons de déclarer l’ensemble du système en bonne santé.
L’empreinte financière de l’État est considérable. Selon la publication d’Eurostat d’avril 2026, les dépenses publiques belges représentaient 54,2 % du PIB en 2025, contre 49,5 % dans l’Union européenne. Les recettes publiques atteignaient 49,0 % du PIB, laissant un déficit de 5,2 %.
Cela ne signifie pas que l’État possède 54,2 % de l’économie belge. Les dépenses comprennent les pensions, les allocations, les rémunérations publiques, les investissements et les paiements aux fournisseurs privés. Une pension reste de l’argent que son bénéficiaire peut dépenser auprès d’entreprises privées. Les dépenses publiques et la propriété publique mesurent des réalités différentes.
Ce chiffre montre néanmoins l’ampleur des ressources allouées par l’intermédiaire des budgets publics.
La propriété directe constitue un autre canal d’influence. Ainsi, l’État belge détient 53,51 % de Proximus. Ces participations doivent être examinées séparément des dépenses publiques ; aucune de ces deux mesures ne fournit un pourcentage unique décrivant toute l’activité économique « contrôlée » par l’État. La réglementation, la fiscalité, la propriété et les achats publics agissent chacun de manière différente.
Pour de nombreux ménages, la manifestation la plus immédiate de la présence économique de l’État est la fiscalité sur le travail.
Selon l’OCDE, le coin fiscal belge pour un célibataire sans enfant percevant le salaire moyen atteignait 52,5 % en 2025, soit le niveau le plus élevé parmi les pays membres. Ce chiffre comprend l’impôt sur le revenu ainsi que les cotisations sociales salariales et patronales, après prise en compte des prestations en espèces. Il s’agit d’une proportion du coût total du travail pour l’employeur, et non simplement des retenues figurant sur la fiche de paie.
Selon cette mesure, sur chaque tranche de 100 euros qu’un employeur consacre à l’emploi de ce salarié, environ 47,50 euros lui parviennent sous forme de salaire net.
Ces contributions financent des services et des assurances sociales. Mais leur ampleur rend une question légitime incontournable : quelle marge reste-t-il aux citoyens pour bénéficier directement d’un travail supplémentaire, constituer une épargne et poursuivre leurs propres priorités ?
Ma préoccupation est que certains partis politiques belges souhaitent reproduire les succès électoraux de Mamdani en déplaçant davantage l’économie belge vers la gauche, tout en utilisant l’antisémitisme pour attiser les passions de l’électorat. Le ressentiment économique et l’hostilité envers les Juifs forment une combinaison dangereuse. Un mouvement politique devrait être jugé sur les possibilités qu’il crée et les droits qu’il protège.
Le problème d’un déplacement de la Belgique davantage vers la gauche est qu’il fera tomber le pays dans l’abîme d’une fiscalité insupportable, qui inciterait ceux qui le peuvent à émigrer et ceux qui ne le peuvent pas à immigrer.
Le risque économique derrière cet avertissement est le départ de contribuables mobiles, d’entrepreneurs et d’investissements. Les personnes disposant de compétences ou d’entreprises transférables à l’international peuvent choisir où vivre et travailler. Celles qui restent peuvent se retrouver à financer un système public dont les engagements financiers n’ont pas diminué parallèlement à sa base fiscale. C’est un risque à examiner sérieusement, plutôt qu’une évolution migratoire prédite par l’indice lui-même.
Augmenter les impôts là où l’OCDE constate déjà le coin fiscal le plus élevé pour un salarié célibataire percevant le salaire moyen rappelle la célèbre description de la folie : refaire sans cesse la même chose en espérant obtenir d’autres résultats.
Un gouvernement ne peut pas supposer que chaque hausse de taux produira les recettes promises par ses tableaux de calcul. Les citoyens adaptent leur comportement. Ils peuvent moins investir, reporter une expansion, réduire leur activité ou s’installer ailleurs. L’ampleur de ces réactions dépend de l’impôt et des circonstances, mais le principe demeure : la base fiscale est constituée de personnes qui prennent des décisions.
Voilà l’enjeu profond des négociations budgétaires actuelles en Belgique.
La coalition de Bart De Wever cherche à réunir un ensemble de mesures de plus de 10 milliards d’euros, sur fond de désaccords concernant les impôts et les dépenses. Dans ses prévisions de mai, la Commission européenne anticipait une hausse de la dette publique, de 107,9 % du PIB en 2025 à 110,5 % en 2026, puis à 112,8 % en 2027.
L’emprunt reporte la question du financement. Il ne la fait pas disparaître. Les futurs paiements d’intérêts absorbent des ressources qui pourraient autrement financer des services, des investissements ou des baisses d’impôts.
Un débat budgétaire soucieux de liberté doit donc aller au-delà de la recherche d’un milliard d’euros supplémentaire. Il doit examiner si les dépenses publiques produisent des résultats, si les compétences administratives se chevauchent, si le travail et l’entrepreneuriat sont suffisamment récompensés et si les citoyens peuvent prendre davantage de décisions sans devoir traverser des procédures d’autorisation inutiles.
La protection sociale a une place légitime dans une société libre. Sa pérennité dépend d’une économie productive et d’institutions qui respectent ceux qui la financent.
La défense la plus solide du capitalisme commence par ce respect : chacun doit conserver une réelle maîtrise de son travail, de ses biens, de son épargne et de ses ambitions. L’État doit protéger les conditions qui rendent ces choix possibles et justifier les restrictions qu’il leur impose.
Le budget belge est donc bien davantage qu’un débat sur l’équilibre des comptes. C’est un débat sur la place qui reste aux citoyens indépendants.
Une société qui transfère progressivement ses décisions économiques à l’État devrait se demander combien de temps les autres libertés pourront conserver la même indépendance.
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