Les discussions entre les États-Unis et l’Iran samedi soir à Islamabad se sont terminées après environ 21 heures sans accord. Les différends fondamentaux n’étaient pas superficiels. Washington voulait un engagement clair de l’Iran sur la question nucléaire et une véritable liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. Téhéran voulait un allègement des sanctions, l’accès à des avoirs gelés, des réparations et le maintien de son levier sur la voie maritime. Il ne s’agit pas d’un simple écart de négociation entre deux puissances du statu quo. C’est l’impasse prévisible qui apparaît lorsque l’une des parties considère encore la coercition comme un élément de la diplomatie.
Le point essentiel est que la République islamique ne manque pas de compromis par accident. Elle échoue parce que le véritable compromis va à l’encontre de la structure qui la maintient en vie : la confrontation idéologique, le pouvoir des Gardiens de la Révolution et le soutien à des acteurs armés dans toute la région. Les rapports américains sur le terrorisme continuent de décrire l’Iran comme le principal État sponsor du terrorisme ; l’évaluation des menaces américaines de 2026 indique que les acteurs liés à l’Iran restent capables d’attaques asymétriques ; et les récents reportages de cette guerre ont une fois de plus mis en évidence les liens de Téhéran avec le Hezbollah ainsi que les affirmations américaines selon lesquelles il arme, finance et entraîne les Houthis. Un régime fondé sur la confrontation permanente peut faire des pauses, négocier et gagner du temps. Il ne peut pas véritablement se réconcilier sans devenir fondamentalement différent.
C’est pourquoi les frappes seules ne constituent pas une stratégie. La puissance aérienne peut détruire des lanceurs, des ports, des installations nucléaires et des centres de commandement. Elle peut faire gagner du temps et imposer des coûts. Mais même Reuters a averti qu’une guerre destinée à briser Téhéran pourrait au contraire renforcer politiquement le régime s’il survit et transforme son endurance en légitimité. À mon sens, c’est la leçon centrale : l’objectif final ne peut pas être un nouveau cessez-le-feu temporaire ni un autre accord « sanctions contre désescalade ». L’objectif doit être un changement politique à Téhéran — un autre État iranien, qui ne soit plus organisé autour de la coercition des Gardiens de la Révolution, de la guerre par procuration, du chantage nucléaire et de l’intimidation régionale. Cela prendra plus de temps qu’une nouvelle série de frappes. Mais la patience stratégique vaut mieux que l’auto-illusion stratégique.
Le détroit d’Ormuz en apporte la preuve. Téhéran a tenté de transformer une artère commerciale mondiale en levier de négociation, exigeant des frais, une coordination plus étroite et des concessions politiques comme conditions de passage normal. Pourtant, Ormuz transporte environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de GNL, et la norme juridique qui régit ces points de passage est la liberté de navigation, non la perception de péages par l’acteur coercitif local le plus puissant. Un régime qui mine les routes, entrave le trafic maritime ou monétise l’insécurité n’offre pas de compromis. Il pratique le chantage économique.
La réponse de l’Europe a été plus hésitante que ne l’exige la situation. La quête d’indépendance de l’Europe vis-à-vis des États-Unis risque de la rendre complaisante envers d’autres acteurs mondiaux. Ce n’est pas une véritable indépendance, mais un glissement vers la subordination.
Les dirigeants européens ont salué le cessez-le-feu, appelé à un règlement négocié et insisté sur la liberté de navigation. Certains gouvernements ont soutenu des efforts de sécurité maritime, et l’Italie a évoqué une coalition plus large préoccupée par Ormuz, tout en excluant des mesures plus fermes telles qu’un déploiement naval sans mandat de l’ONU. Cela peut sembler prudent, mais il arrive un moment où la prudence devient accommodation. En traitant les conditions iraniennes comme point de départ de nouvelles négociations, une trop grande partie de l’Europe a agi comme si la coercition était une offre d’ouverture normale.
C’est d’autant plus dangereux que l’Europe n’est pas à l’abri des coûts. Elle n’est peut-être pas le consommateur le plus exposé à l’énergie transitant par Ormuz — l’Asie l’est davantage — mais elle importe néanmoins une part significative de GNL du Qatar, qui, selon Reuters, représentait environ 9 % des importations de GNL de l’UE, tandis que l’AIE indique que le GNL lié à Ormuz constituait environ 7 % des flux de GNL vers l’Europe en 2025. Reuters a également rapporté cette semaine que les aéroports européens pourraient faire face à une pénurie systémique de carburant aviation en quelques semaines si les perturbations persistent, et la Commission européenne estime que la crise énergétique déclenchée par le conflit ne sera pas de courte durée. L’Europe n’a pas besoin de reproduire chaque décision militaire américaine. Mais si elle ne soutient pas une coalition durable pour protéger la navigation, faire respecter les sanctions et isoler le régime, elle ne devrait pas être surprise lorsque le choc économique frappera durement les ménages et les industries européens.
Pour Washington, la réponse n’est pas une guerre américaine sans fin. C’est l’inverse : réduire progressivement l’exposition militaire directe tout en resserrant l’étau économique. Cela implique une application plus stricte des sanctions, des actions plus agressives contre les réseaux de contournement, des contrôles à l’exportation, une pression financière sur les facilitateurs du régime et une perturbation constante des chaînes d’approvisionnement et des flux d’armes alimentant les alliés de l’Iran. Cela signifie aussi clarifier que l’horizon stratégique n’est pas une coexistence avec le système actuel à une température légèrement plus basse, mais une pression en faveur d’un résultat politique différent.
Le choix n’est donc pas entre compromis et guerre. Il est entre un faux compromis qui laisse le régime intact et une stratégie plus longue qui accepte ce que les dernières 24 heures ont clairement montré. Tant que la République islamique survivra sous sa forme actuelle, l’Iran restera un danger pour ses voisins, pour la navigation mondiale et pour l’ensemble du paysage terroriste. L’échec des discussions d’hier soir n’était pas un malentendu diplomatique. C’était un rappel que la seule issue durable n’est ni une nouvelle pause, ni un nouvel accord, ni un cessez-le-feu de façade. La seule issue durable peut être un autre Iran.
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