La prochaine élection présidentielle française dépasse largement la question de la succession d’Emmanuel Macron. Elle engage l’avenir de l’Europe, la capacité de résistance de la démocratie et la pérennité de la plus grande communauté juive du continent.
La France traverse une paralysie politique. Une présidence affaiblie, un Parlement divisé et une société où le mécontentement social explose régulièrement dans la rue constituent la toile de fond d’une lutte pour le pouvoir dont les conséquences dépasseront largement les frontières françaises.
Poubelles en flammes, barricades et gaz lacrymogènes montrent comment les préoccupations légitimes des lycéens disparaissent derrière une confrontation politique. Tout commence par des plaintes concernant des bâtiments vétustes, le manque de places et l’absence d’enseignants. Puis viennent les blocages, les dégradations et les violences. Les black blocs apparaissent, d’autres groupes les rejoignent et la revendication initiale d’un meilleur enseignement se retrouve absorbée dans une lutte contre le pouvoir.
La France insoumise cherche à tirer politiquement profit de ce mécontentement. Les préoccupations des élèves s’effacent derrière une foule déchaînée, tandis que la destruction matérielle devient un moyen de saper l’ordre établi. La rue doit imposer ce que les institutions n’accordent pas immédiatement.
Jean-Luc Mélenchon veut être porté à la présidence par cette colère. Les « nouveaux Français » doivent le conduire au pouvoir : les jeunes des banlieues et les électeurs issus de l’immigration sur lesquels il fonde ses espoirs révolutionnaires. Dans cette stratégie, l’immigration musulmane occupe une place importante.
Il ne s’agit pas simplement de s’adresser à de nouveaux électeurs. Mélenchon oppose sa « nouvelle France » à l’ancienne. La classe ouvrière traditionnelle cède la place à une nouvelle avant-garde politique. La lutte sociale prend ainsi un caractère identitaire : l’origine devient un instrument permettant de déterminer qui représente l’avenir et qui appartient au passé.
Ma comparaison centrale est donc formulée sans détour : Mélenchon mêle l’antisémitisme aux promesses socialistes dans un nouveau national-socialisme, où le caractère national est remplacé par un islam politique importé, qui devient le nouveau nationalisme. Le parallèle que j’établis avec le national-socialisme hitlérien concerne la mobilisation des frustrations sociales, la constitution d’une communauté élue et l’utilisation de l’antisémitisme comme ciment. Dans cette comparaison idéologique, c’est l’identité servant à légitimer le projet de pouvoir qui change.
Il s’agit d’une comparaison entre des mécanismes politiques, et non d’une assimilation des régimes historiques ou de leurs crimes. La dictature génocidaire d’Hitler conserve sa spécificité historique. Mais cette histoire ne doit pas nous empêcher de reconnaître les mécanismes d’exclusion lorsqu’ils réapparaissent sous une autre bannière.
Dans cette critique, l’islamisme politique devient le nouveau nationalisme : une appartenance idéologique qui risque d’être placée au-dessus de l’identité citoyenne française commune. La liberté, l’égalité et la fraternité se retrouvent subordonnées à l’utilité électorale des identités de groupe et de la mobilisation politico-religieuse.
Ce reproche vise la stratégie de pouvoir de Mélenchon et l’islamisme politique en tant qu’idéologie. Les musulmans et les immigrés ne constituent pas un bloc homogène. C’est précisément leur diversité qui est niée lorsqu’un responsable politique tente de les organiser en un seul électorat révolutionnaire.
Les « nouveaux Français » doivent porter Mélenchon au pouvoir. C’est sur leurs épaules qu’il veut accéder à la présidence. La question est de savoir quel prix la France paiera si ses idéaux républicains communs cèdent la place à une politique qui organise l’affrontement entre les groupes de population.
C’est précisément pourquoi la réticence d’une partie de la communauté juive française pourrait devenir une erreur historique. Continuer à regarder l’ancien Front national et La France insoumise de la même manière, uniquement à travers les catégories politiques d’hier, risque de masquer le déplacement actuel du danger.
Cette question a pris une forme concrète lorsque le grand rabbin de France, Haïm Korsia, a récemment indiqué à la télévision française qu’il voterait blanc lors d’un second tour opposant Mélenchon à Marine Le Pen. Il ne souhaite donner sa voix à aucun des deux partis.
Je considère ce choix comme une erreur historique. Le droit de vote figure parmi les acquis essentiels de l’émancipation juive. Il affirme que les Juifs sont des citoyens à part entière, disposant, comme tout autre citoyen, du droit de contribuer à déterminer l’avenir de leur pays.
Sur le plan juridique, voter blanc constitue également un choix démocratique. Mais, politiquement, dans une confrontation aussi décisive, cela signifie ne pas utiliser sa voix pour peser sur le résultat entre les deux candidats. Lorsque la sécurité et l’avenir d’une communauté sont en jeu, cette réserve devient une décision lourde de conséquences.
Une élection offre rarement un choix entre la perfection et le danger. Il faut souvent choisir entre des options imparfaites, en fonction de leurs conséquences concrètes. Mettre les deux possibilités sur le même plan peut effacer précisément la distinction qui sera décisive pour l’avenir.
Le passé du Front national ne doit pas être effacé. Mais l’exclusion de Jean-Marie Le Pen du parti dirigé par sa fille ne peut pas davantage être considérée comme dépourvue de sens. Marine Le Pen a ainsi tracé une limite visible face à une partie de l’héritage politique de son père.
Un parti doit être jugé sur son passé comme sur son comportement actuel. Une identité de gauche ne dispense pas d’un examen de l’antisémitisme. Une origine de droite ne rend pas, par principe, toute évolution impossible.
Face au projet de Mélenchon, je vois en Marine Le Pen et Jordan Bardella le contre-pouvoir politique le plus susceptible de s’imposer, et peut-être la chance décisive de remettre au premier plan la sécurité et l’avenir de la communauté juive française. Placer automatiquement les deux camps sur un pied d’égalité n’offre aucune issue politique à cette communauté.
Pendant ce temps, la plus grande communauté juive d’Europe vit sous une pression persistante. L’émigration silencieuse augmente. Des familles partent sans grandes déclarations, parce qu’elles cherchent pour leurs enfants un avenir où la vie juive exige moins de peur et moins de précautions.
Une communauté n’a pas besoin de disparaître en un seul moment dramatique. Elle peut se réduire lentement, famille après famille. Chaque départ motivé par des préoccupations de sécurité pose la même question : pourquoi la France n’a-t-elle pas réussi à convaincre ces citoyens que leur avenir pouvait aussi se construire chez eux ?
Cette question concerne toute l’Europe. Un continent qui n’offre pas une protection suffisante à ses citoyens juifs perd une partie de son histoire et fragilise sa promesse démocratique.
La Belgique est confrontée au même défi. La culture politique qui oppose la rue aux institutions ne s’arrête pas à la frontière française. En Wallonie aussi, la destruction matérielle risque d’être présentée comme une composante d’une lutte légitime contre l’ordre établi. Les préoccupations sociales ne donnent à personne le droit de légitimer les dégradations et l’intimidation.
Le PVDA et le PTB, les deux appellations linguistiques du même parti, doivent eux aussi être jugés sur la manière dont ils mobilisent l’indignation sociale. Lorsque la lutte contre Israël se transforme en suspicion à l’égard des citoyens juifs, l’antisémitisme devient un étendard dans la conquête du pouvoir, aussi progressiste que puisse paraître le discours qui l’entoure.
Cet avertissement vaut également pour la mobilisation des « nouveaux Belges ». Leur participation à la démocratie va de soi. Le danger apparaît lorsque des partis s’adressent à eux comme à un bloc politique distinct et utilisent des conflits étrangers pour exacerber les divisions intérieures.
En Flandre, le Vlaams Belang ne peut pas davantage se contenter de déclarations générales contre l’antisémitisme. Le parti doit rompre de manière visible et sans équivoque avec tout courant antisémite présent dans son propre environnement. Marine Le Pen a tracé une limite concrète en excluant son père. On peut exiger la même clarté d’un parti qui prétend défendre notre société.
Tant que cette clarté fait défaut, la question demeure : espère-t-on encore bénéficier du soutien d’un antisémitisme latent dans une partie de la population flamande ? Seule une conduite cohérente peut dissiper ce soupçon.
La N-VA, le parti du pouvoir, ne peut pas davantage se tenir à distance de cette réalité en se réfugiant dans le silence. Lorsque l’antisémitisme et l’islamisme politique servent de tremplin vers le pouvoir, un parti de gouvernement doit défendre visiblement les limites démocratiques. Le silence abandonne le terrain politique à d’autres.
Heureusement, il reste en Wallonie le MR et Georges-Louis Bouchez. Sa défense explicite des citoyens juifs rappelle la mission originelle du libéralisme : protéger la liberté individuelle contre la suspicion collective, la contrainte religieuse et l’intimidation politique.
Son attitude montre que les anciennes formes de haine ne deviennent pas inoffensives lorsqu’elles revêtent de nouveaux habits politiques. Là où l’islamisme politique porte atteinte à l’égalité citoyenne et à la liberté de conscience, il doit être combattu. Là où l’antisémitisme se dissimule derrière un langage progressiste, il doit être nommé.
Une éventuelle arrivée de Bouchez en Flandre pourrait annoncer un renouveau libéral. Les libéraux flamands ont trop laissé s’estomper leur raison d’être. Le libéralisme doit redevenir une conviction que l’on ose défendre : protéger la liberté, l’État de droit et la dignité individuelle, même lorsque cette défense dérange politiquement.
La prochaine élection présidentielle française montrera jusqu’où l’Europe est prête à défendre ces principes. Lorsque les promesses sociales se mêlent à des représentations antisémites de l’ennemi, lorsque l’islam politique revendique la place d’une identité citoyenne commune et lorsque la violence devient un argument, c’est l’ordre démocratique lui-même qui est en jeu.
La France choisit un président. L’Europe en vivra les conséquences.
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