Israël vit : Bouchez montre ce que signifie la fidélité politique
Alexander Zanzer

Le 6 octobre 2026, la communauté juive s’est réunie à Anvers pour commémorer les attentats terroristes du 7 octobre 2023. Placée sous le titre « Israël vit », la soirée était consacrée au souvenir, à la solidarité et à la résilience. Trois ans après les meurtres et les enlèvements, la douleur reste profonde. Mais une conviction demeure : la terreur ne doit pas briser la vie juive.

Organisée par le Centre juif d’information et de documentation et Hart voor Israël, la commémoration a réuni témoignages, discours et musique. Avec Raz Shifer, survivant de l’attentat contre le festival de musique Nova, le souvenir a pris un visage humain. Derrière chaque victime se trouve une vie ; derrière chaque nom, une famille bouleversée à jamais.

Les interventions musicales de Barry Mehler, d’Aaron Wajnberg et de son ensemble klezmer ont laissé place à la peine, à l’espoir et à la volonté de vivre. La participation de Darya Safai a également exprimé une solidarité politique. Mais ce sont surtout la présence et le discours exceptionnel de Georges-Louis Bouchez qui ont donné à la soirée une portée particulière.

Le président du MR était là à un moment où la présence compte. Pour une communauté qui s’est sentie de plus en plus seule ces dernières années, cela représente bien davantage qu’un geste de courtoisie. Cela signifie que sa douleur est reconnue et qu’elle peut compter sur un soutien politique, même lorsque celui-ci ne suscite pas spontanément les applaudissements.

Bouchez a gagné la confiance de la communauté juive en continuant à se tenir ouvertement à ses côtés. La reconnaissance chaleureuse que lui ont témoignée les organisateurs reflétait ce lien. Son intervention à Anvers a montré qu’il comble désormais un vide politique qui dépasse le cadre d’un seul parti.

Le VLD entretenait autrefois des liens étroits avec la communauté juive. Cette relation historique reposait sur les principes libéraux, la liberté individuelle et la protection des minorités. Aujourd’hui, une impression douloureuse s’impose : le parti semble avoir troqué sa fidélité d’hier contre une adaptation à un climat d’hystérie antijuive. Pour ceux qui se souviennent de cette ancienne proximité, c’est comme s’il avait vendu son âme politique.

Bouchez assume également un rôle que la communauté juive attribuait longtemps à la N-VA : celui d’un allié sur le soutien durable duquel elle pensait pouvoir compter. La présence de Darya Safai montre qu’au sein de ce parti, certaines personnes continuent à incarner cette solidarité. C’est précisément pour cette raison que la distance affichée par d’autres responsables politiques apparaît avec davantage de force.

Car, à côté de ceux qui étaient présents, deux absences ont particulièrement frappé : celle du Premier ministre et celle du bourgmestre d’Anvers.

Dans la « Jérusalem du Nord », l’absence du bourgmestre revêt une importance particulière. La communauté juive appartient au tissu historique et vivant d’Anvers. Sa douleur concerne aussi la ville. Commémorer la terreur du 7 octobre engage donc également une responsabilité envers les habitants juifs : leur sécurité, leur dignité et leur place dans la société.

L’absence du Premier ministre a, elle aussi, laissé une place vide. Sans connaître leurs raisons, on ne peut en déduire leurs motivations personnelles. Mais le signal public demeure. Lors d’une soirée où la présence signifie tant, l’absence se remarque inévitablement.

Cette distance s’était d’ailleurs déjà fait sentir avant la commémoration. Cette année, ni le bourgmestre d’Anvers ni le Premier ministre n’ont adressé de message pour le Nouvel An juif à notre magazine, Centrale. Après le refus du ministre-président flamand l’année dernière, leurs vœux ont, eux aussi, manqué cette année.

En 2025, le cabinet de Matthias Diependaele avait d’abord invoqué les sensibilités liées au conflit au Moyen-Orient pour expliquer son refus de fournir un message de Roch Hachana. Le ministre-président avait ensuite déclaré que sa décision découlait d’un principe général consistant à ne pas soutenir d’activités religieuses dans l’exercice de son mandat.

Cette référence initiale au Moyen-Orient reste néanmoins douloureuse. Adresser des vœux de Nouvel An à ses concitoyens juifs constitue un simple geste de reconnaissance et de solidarité. Cela n’implique aucun jugement sur la politique du gouvernement israélien. Lorsque même un tel message devient politiquement sensible, on donne l’impression que les Juifs de Belgique sont jugés à travers un conflit étranger dont ils ne portent, en tant que communauté, aucune responsabilité.

L’absence de messages de Nouvel An cette année, suivie de l’absence à la commémoration, renforce un sentiment troublant : le lien autrefois considéré comme indéfectible avec certains responsables politiques semble désormais dépendre de la popularité dont jouit la communauté juive à un moment donné.

Que vaut une fidélité dite éternelle si elle cède dès que le climat de l’opinion change ?

La fidélité politique prend tout son sens lorsqu’elle est mise à l’épreuve. Lorsque le soutien attire les critiques, lorsque le débat se durcit et lorsque le silence paraît plus commode, on découvre qui est réellement disposé à rester aux côtés d’une communauté. La reconnaissance des citoyens juifs ne doit pas dépendre des sondages, des manifestations de rue ou des calculs électoraux.

C’est pourquoi l’intervention de Georges-Louis Bouchez mérite une attention particulière. Sa présence et son discours ont rendu visible ce qui manque aujourd’hui à beaucoup : un allié politique qui incarne personnellement sa solidarité. Une communauté se souvient de ceux qui étaient à ses côtés lorsqu’elle avait besoin de soutien. Elle se souvient aussi des promesses qui, à ce moment-là, sont restées sans traduction concrète.

« Israël vit » était avant tout dédié aux victimes, aux survivants et à leurs familles. Leur souvenir doit rester au cœur de la commémoration. Mais la soirée a également tendu un miroir à la politique belge. Commémorer exige la volonté de soutenir concrètement ceux qui sont aujourd’hui confrontés à la peur et à l’exclusion.

À Anvers, Georges-Louis Bouchez a donné un visage à cette solidarité. Les places vides ont montré pourquoi elle compte.

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