Fusillade de masse en Australie : lorsque les gouvernements tolèrent l’antisémitisme, la violence trouve sa justification
La responsabilité de l’État et une leçon pour tous les partis politiques dans le monde

La tuerie de Bondi Beach, survenue le 14 décembre 2025, ne s’est pas produite dans un vide moral. Elle s’inscrit dans un climat international plus large où l’antisémitisme est de plus en plus requalifié en expression politique, en protestation culturelle ou en posture éthique. Cette requalification n’est pas anodine. Elle constitue un raccourci intellectuel dangereux qui dilue les responsabilités, efface les lignes morales et finit par offrir une couverture idéologique à la violence. Les victimes de Bondi Beach n’étaient pas des acteurs politiques ; c’étaient des civils célébrant une fête religieuse. Pourtant, la logique qui les a transformés en cibles a été nourrie bien au-delà des frontières australiennes.

Pour comprendre cela, il faut dépasser le lieu du crime et analyser l’écosystème dans lequel de tels actes deviennent pensables. Dans de nombreuses démocraties, y compris en Europe, des partis politiques et des institutions culturelles ont, ces dernières années, adopté des boycotts sélectifs et des exclusions visant des personnes ou des institutions juives en raison de liens réels ou supposés avec Israël. Ces mesures sont souvent présentées comme des positions de principe contre un État, mais, dans la pratique, elles effacent la distinction fondamentale entre nationalité, politique et identité juive. D’un point de vue philosophique, cette confusion est fatale à la démocratie libérale, car elle réintroduit la notion de culpabilité collective par des voies détournées.

La Belgique offre à cet égard un exemple particulièrement révélateur. Ces dernières années, des partis tels que le CD&V et Vooruit ont soutenu ou facilité des décisions culturelles ou communales excluant ou boycottant des artistes, des intervenants ou des institutions juives en raison de liens perçus — parfois très indirects, parfois purement symboliques — avec Israël. Ces actes sont rarement qualifiés d’antisémites. Ils sont justifiés par une prétendue cohérence éthique, par la solidarité avec les Palestiniens ou par l’opposition à la politique du gouvernement israélien. Le résultat concret, toutefois, est que des artistes juifs se voient contraints de se désolidariser d’Israël pour pouvoir participer à la vie publique, alors qu’aucune autre communauté n’est soumise à un tel test de loyauté. Il ne s’agit pas là d’universalisme de principe, mais d’exclusion sélective.

D’un point de vue philosophique, c’est précisément ici que réside le danger. Lorsqu’une démocratie normalise l’idée que les Juifs doivent prouver leur innocence politique pour être culturellement acceptables, elle réactive une logique ancienne sous un vernis contemporain. Le message est subtil mais sans équivoque : la présence juive est conditionnelle, l’expression juive est suspecte, et l’identité juive est politisée d’une manière qui ne s’applique à aucune autre identité. Les extrémistes n’ont pas besoin de davantage. Ils traduisent l’acceptation conditionnelle en rejet total, et le rejet en violence.

Le même mécanisme est observable au niveau culturel international, notamment à travers les appels répétés de certains pays et acteurs politiques visant à exclure Israël de l’Eurovision. L’Eurovision n’est ni une alliance militaire ni un forum diplomatique ; c’est un événement culturel fondé sur l’idée que l’art transcende la politique. Lorsque des États ayant eux-mêmes des conflits non résolus, des bilans problématiques en matière de droits humains ou des opérations militaires en cours exigent qu’Israël soit le seul exclu, l’incohérence est flagrante. Plus grave encore, elle est corrosive. Elle suggère que toute participation associée aux Juifs ou à Israël est fondamentalement illégitime.

Cela importe parce que la culture façonne l’imaginaire moral des sociétés. Lorsque les Juifs ou les artistes liés à Israël sont systématiquement exclus de scènes censées symboliser l’unité et la compétition pacifique, la frontière entre protestation et déshumanisation s’estompe. Ce qui commence comme un boycott devient un récit : celui selon lequel les Juifs seraient des cibles légitimes d’exclusion, de pression et de sanction. Les idéologies terroristes prospèrent précisément dans de tels récits, car elles reposent sur l’idée que la violence n’est pas une cruauté arbitraire, mais une correction morale.

Les gouvernements et les partis politiques défendent souvent ces positions en affirmant qu’ils combattent l’antisémitisme tout en critiquant Israël. En théorie, cette distinction est valable. En pratique, elle s’effondre dès lors que la critique prend la forme de sanctions collectives, d’exclusions culturelles ou de tests de loyauté imposés uniquement aux Juifs. Un État ne peut prétendre combattre l’antisémitisme de manière crédible tout en soutenant des politiques qui transforment l’identité juive en facteur de risque dans l’espace public. Cette contradiction n’échappe à personne, et surtout pas à ceux qui se trouvent en marge de la société, là où le ressentiment et la radicalisation prennent racine.

Si l’on considère Bondi Beach à la lumière de la situation en Belgique et dans d’autres États européens, la leçon apparaît avec une clarté brutale. Aujourd’hui, l’antisémitisme se manifeste rarement de manière frontale. Il se présente sous les traits de l’éthique, de la solidarité ou de la conscience culturelle. Mais ses effets sont identiques à ceux du passé : il isole les Juifs, normalise l’hostilité et abaisse le seuil psychologique du recours à la violence. Lorsque des gouvernements, des partis ou des institutions culturelles participent à ce processus — activement ou par un silence lâche — ils assument une responsabilité morale pour ce qui s’ensuit.

Une démocratie ne peut déléguer sa clarté éthique à des slogans ou à des précautions de langage. Elle doit affirmer sans ambiguïté que les Juifs ne sont pas des substituts d’Israël, que la culture ne doit pas devenir un champ de bataille de la punition collective, et que le désaccord politique ne justifie jamais l’exclusion fondée sur l’identité. Là où cette clarté fait défaut, le terrorisme n’a pas besoin d’encouragement ; il lui suffit de cohérence. Et cette cohérence, les récits antisémites la fournissent dès lors qu’ils sont tolérés.

La tuerie en Australie doit donc être comprise non seulement comme une tragédie nationale, mais comme un avertissement. Toute société qui laisse l’antisémitisme se déguiser en principe ne trahit pas seulement ses citoyens juifs ; elle fragilise les structures morales mêmes qui empêchent la violence de s’imposer. Les partis politiques du monde entier, de Canberra à Bruxelles, feraient bien de se rappeler que ce qu’ils légitiment aujourd’hui par le discours peut, demain, se traduire en actes d’une brutalité extrême.

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