Bart De Wever a-t-il raison ?

Il y a eu beaucoup d’agitation lorsque le Premier ministre belge Bart De Wever a écrit à Ursula von der Leyen que l’utilisation de l’argent bloqué chez Euroclear pourrait faire obstacle à la paix. Certains ont qualifié sa position de cynique, d’autres l’ont accusé de nuire à l’Ukraine.

Mais la véritable question est simple : a-t-il un point valable ?
Si l’on analyse calmement la géopolitique actuelle — et en particulier le point de vue des États-Unis — son avertissement commence à paraître moins provocateur et davantage fondé sur le réalisme.

Pourquoi ces milliards sont-ils si importants ?

Près de 200 milliards d’euros d’actifs souverains russes sont gelés chez Euroclear, en Belgique. Pour l’Union européenne, cela ressemble à la solution idéale : une ressource gigantesque permettant de financer la reconstruction de l’Ukraine sans alourdir la charge des contribuables européens.

Mais du côté américain, l’analyse est très différente.

Les contrats de reconstruction — mines, énergie, infrastructures, logistique — demandent des années, voire des décennies, pour porter leurs fruits. Aucune administration américaine ne peut être certaine d’être encore au pouvoir lorsque ces projets généreront des retombées. Les seules opportunités économiques rapides et garanties concernent la première phase de reconstruction juste après un cessez-le-feu.

Or ces opportunités ne sont accessibles que si les États-Unis participent au dispositif financier.

Si les fonds Euroclear deviennent un outil exclusivement européen, Washington risque d’être exclu des projets de reconstruction les plus immédiats — et les plus politiquement valorisables.

Une question inconfortable à Washington

Si l’Europe décide que les fonds Euroclear lui appartiennent uniquement, une question directe et froide s’impose alors dans les cercles américains :

« Si nous n’avons aucun rôle dans la reconstruction de l’Ukraine, pourquoi devrions-nous investir autant d’énergie dans la conclusion d’un accord de paix ? »

Ce n’est pas une question de cupidité — mais de réalité politique.
Dans une démocratie, chaque administration doit justifier ses engagements étrangers auprès de son électorat. Sans bénéfice stratégique ou économique clair, la motivation politique pour pousser vers un accord de paix diminue.

Si les États-Unis se désengagent :

  • le processus de paix ralentit,
  • la pression coordonnée sur Moscou s’affaiblit,
  • l’Ukraine dépend presque exclusivement de l’Europe,
  • et la guerre risque de durer plus longtemps — voire de s’étendre au-delà de ses frontières.

Dans cette logique, l’argument de De Wever n’a rien d’absurde. Il révèle une conséquence stratégique que beaucoup en Europe préfèrent ignorer.

Au-delà du droit et des finances : un combat pour le contrôle

Jusqu’ici, le débat public s’est concentré sur les risques juridiques et financiers pour la Belgique :
des procès éventuels, une perte de confiance dans Euroclear, et le risque que des investisseurs étrangers doutent de la sécurité de leurs avoirs dans la zone euro.

Mais De Wever soulève un autre enjeu :
la bataille autour d’Euroclear est aussi une bataille pour le contrôle du processus de paix.

Les nouvelles indiquant que le président français exercerait une pression sur Zelensky afin que les États-Unis ne puissent pas décider du sort des fonds renforcent ce constat. Ce combat n’est pas seulement au service de l’Ukraine — il détermine qui dirigera l’ordre post-guerre.

Et au milieu de ce bras de fer géopolitique, la Belgique se retrouve pays sacrifié :

  • L’Europe veut ces fonds pour renforcer son autonomie stratégique.
  • Les États-Unis les voient comme un levier essentiel dans un futur accord de paix.
  • La Belgique supporte seule les risques juridiques, financiers et politiques.

Alors, De Wever a-t-il raison ?

Cette analyse ne dit pas ce que devrait être une paix “juste”.
Elle ne tranche pas la question morale d’utiliser ou non les fonds d’Euroclear.

Mais elle met en lumière un point essentiel :

  • Les intérêts économiques influencent les accords de paix.
  • Les milliards d’Euroclear sont un moteur important de l’implication américaine.
  • Écarter les États-Unis pourrait affaiblir cette implication — et retarder la paix.

Sur cette base, Bart De Wever a bel et bien un point réaliste :
le plan européen visant à obliger la Belgique à céder le contrôle des fonds Euroclear, au-delà des dangers juridiques et financiers, pourrait prolonger la guerre, au lieu d’accélérer son dénouement.

On n’est pas obligé d’être d’accord avec lui politiquement.
Mais il devient difficile de nier que son raisonnement — inconfortable certes — repose sur une lecture géopolitique cohérente.

Ontvang Breaking News

Recevez les dernières nouvelles

Abonnez-vous à notre newsletter et restez informé ! Soyez le premier à recevoir les dernières nouvelles dans votre boîte mail :