À la veille du troisième anniversaire des attaques du Hamas contre les citoyens israéliens le 7 octobre, The New York Times a publié une tribune intitulée « Comment l’AIPAC a échoué — et comment elle peut se relever ». Je l’ai lue trois fois, sans trouver de réponse convaincante à la seconde partie du titre.
J’y ai plutôt trouvé un argument qui, selon ma lecture, demanderait à l’AIPAC de prendre ses distances avec son soutien à Israël — la raison d’être même de l’organisation. Une organisation ne peut se relever en renonçant à la mission pour laquelle elle existe.
Le moment choisi est révélateur. Quelques jours auparavant, le même journal avait décrit les violences à bord d’un avion de Flydubai à destination d’Israël comme une « altercation ». Selon les témoignages rapportés, un pilote avait poignardé le commandant de bord et aurait tenté de faire s’écraser l’appareil, avant que des passagers et des membres d’équipage n’interviennent. L’objectif apparent était un meurtre de masse par un détournement d’avion sur le modèle du 11 septembre. Qualifier une telle attaque d’« altercation » minimise sa gravité et la terreur vécue par les personnes à bord.
Ce choix de mots n’est pas anodin. Les mots façonnent la compréhension du public. Lorsqu’une tentative présumée de faire s’écraser un avion transportant des passagers israéliens est réduite à une « altercation », les lecteurs reçoivent une description qui ne traduit pas l’ampleur de l’attaque rapportée.
C’est dans cet environnement politique et médiatique que l’AIPAC est désormais appelée à expliquer son prétendu échec.
L’accusation habituelle veut que l’AIPAC ait abandonné les démocrates pour se rapprocher des républicains. À mes yeux, l’évolution la plus importante est qu’une partie substantielle du Parti démocrate s’est détournée d’Israël, tout en devenant de plus en plus tolérante envers l’antisémitisme au sein de son propre mouvement politique.
Nancy Pelosi avait autrefois présenté la coopération américaine avec Israël comme un engagement si fondamental qu’il survivrait même à la destruction du Capitole. Pourtant, en juillet, elle a rejoint plus d’une centaine de ses collègues démocrates pour soutenir un amendement visant à supprimer l’aide militaire proposée à Israël. L’amendement a été rejeté, mais le message politique était clair : ce qui avait été présenté comme un engagement durable était devenu négociable.
En septembre, le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a déclaré à PBS que la condamnation des actions de Benjamin Netanyahu au sein du Parti démocrate était « presque universelle ». Bien qu’il ait également réaffirmé son soutien à la sécurité d’Israël et condamné le terrorisme du Hamas, ses propos illustraient la profondeur du changement politique au sein du parti.
La critique d’un gouvernement israélien est légitime. Le danger apparaît lorsque l’hostilité envers Israël devient une condition d’acceptation politique, lorsque les citoyens juifs sont tenus responsables de la politique israélienne et lorsque le soutien à l’État juif est considéré comme le signe d’une loyauté suspecte.
Je crains que la tolérance envers de tels discours ne s’enracine dans l’identité politique de certaines composantes du parti. L’AIPAC n’a pas provoqué cette transformation et ne pourra pas l’inverser en modifiant simplement ses méthodes de lobbying.
L’AIPAC doit constamment évaluer sa stratégie. Mais le problème central dépasse les soutiens électoraux, les dépenses de campagne ou la communication. Il concerne l’érosion d’un consensus politique qui a porté la relation américano-israélienne pendant des décennies.
Il concerne aussi la concurrence de puissances dont les moyens et les méthodes vont bien au-delà du lobbying électoral.
Le Qatar a investi des milliards dans ses relations avec les universités et les établissements d’enseignement américains. Le département américain de l’Éducation l’a identifié comme la principale source étrangère de dons et de contrats universitaires soumis à déclaration dans les données publiées pour 2025, représentant plus de 1,1 milliard de dollars pour cette seule année. Des organismes de recherche, comme l’Institute for the Study of Global Antisemitism and Policy, soutiennent que ces financements considérables créent des canaux d’influence idéologique et favorisent des biais hostiles à Israël.
Un financement ne prouve pas, à lui seul, qu’une université suit les instructions politiques de son donateur. Néanmoins, l’ampleur et la durée de ces relations exigent un examen approfondi. Leur importance réside dans la possibilité d’influencer les institutions où sont formés les futurs journalistes, responsables politiques, diplomates et dirigeants.
L’AIPAC cherche à influencer les décisions politiques. La stratégie plus large du Qatar illustre comment une influence peut se construire bien avant que ces décisions n’arrivent au Congrès.
Cette difficulté ne peut être résolue simplement en augmentant les contributions aux campagnes électorales. Les dépenses électorales peuvent contribuer à une victoire, mais elles ne peuvent, à elles seules, restaurer la confiance du public, remettre en cause un discours profondément installé ou construire une légitimité institutionnelle durable.
Pendant des décennies, la participation organisée des citoyens juifs, leurs contributions financières et leurs relations politiques étroites ont contribué à faire entendre les préoccupations juives. Ces instruments restent précieux. Mais il devient de plus en plus difficile de supposer qu’ils assureront toujours une protection suffisante.
Les changements démographiques ajoutent une autre dimension. Selon l’estimation publiée par le Pew Research Center en septembre 2026, la population musulmane américaine compte environ 5,5 millions de personnes. Ses projections antérieures prévoyaient plus de huit millions de musulmans d’ici 2050, dépassant le nombre d’Américains se définissant comme juifs sur le plan religieux.
Ni les musulmans ni les juifs ne constituent un bloc politique homogène. Les citoyens musulmans ne doivent pas non plus être assimilés aux intérêts du Qatar ou de tout autre État. Mais les évolutions démographiques modifient inévitablement les calculs électoraux. Les communautés juives ne peuvent fonder leur sécurité à long terme sur l’idée que leur nombre ou leurs contributions financières leur garantiront toujours une attention politique.
Le même défi existe en Europe et ailleurs dans le monde. Une minorité dispersée a besoin d’une représentation capable de résister aux changements de gouvernement, aux évolutions démographiques et aux tendances politiques.
L’avenir de la diaspora juive dépend donc d’un poids politique qui dépasse le nombre — et les moyens financiers.
Elle doit devenir une force diplomatique.
C’est ici que le Congrès juif mondial porte une responsabilité qu’aucune organisation américaine de lobbying ne peut assumer. La mission de l’AIPAC concerne la relation entre les États-Unis et Israël. Le mandat du Congrès juif mondial englobe des communautés juives dans plus de cent pays, chacune confrontée à ses propres réalités politiques et vulnérabilités.
À mes yeux, seul le Congrès juif mondial dispose de la base représentative internationale nécessaire pour construire une voix diplomatique cohérente au service de la diaspora juive.
Cette base doit désormais devenir un instrument plus puissant de représentation internationale. Le Congrès juif mondial doit entretenir des relations permanentes avec les gouvernements, assurer un accès durable aux décideurs et garantir une continuité au-delà des élections et des changements de dirigeants.
Son action doit couvrir la sécurité physique, la liberté religieuse, l’éducation, la préservation du patrimoine culturel et la protection contre les discriminations. Il doit également défendre la légitimité de la participation juive à la vie publique et le droit des communautés juives à entretenir leurs liens avec Israël.
Un tel rôle diplomatique exige une autorité qui émane des communautés représentées. Il doit respecter leur diversité tout en identifiant les intérêts qui les unissent. Sa force doit reposer sur la crédibilité, la reconnaissance institutionnelle, l’expertise et des relations construites dans la durée.
Les préoccupations juives doivent être prises en considération tout au long de l’année, y compris lorsqu’aucune élection n’approche et qu’aucune contribution électorale n’est en discussion.
L’AIPAC reste essentielle. Sa mission doit être renforcée et sa stratégie adaptée à l’évolution du paysage politique américain. Mais les difficultés qu’elle rencontre montrent pourquoi le lobbying électoral ne peut, à lui seul, assurer l’avenir des communautés juives.
Trois ans après le 7 octobre, le devoir de mémoire implique aussi celui de préparer l’avenir. Les déclarations de solidarité ne suffisent pas sans institutions capables de les transformer en protection durable.
Le prochain chapitre de l’influence juive doit dépasser le cycle électoral et acquérir un poids diplomatique durable.
Le Congrès juif mondial doit en prendre la tête.
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