Introduction
Peu de phrases ont capté un moment de l’histoire européenne moderne avec autant de force que le « Wir schaffen das » d’Angela Merkel — « Nous pouvons y arriver ».
Prononcée le 31 août 2015, au cœur de la crise migratoire européenne, elle devint à la fois une déclaration morale et une ligne de fracture politique.
L’affirmation de Merkel reflétait la confiance en la capacité de l’Allemagne à intégrer près d’un million de réfugiés arrivés cette année-là — principalement de Syrie, d’Irak et d’Afghanistan.
Pour ses partisans, ces mots incarnaient l’empathie, la résilience et les valeurs humanitaires de l’Europe d’après-guerre.
Pour ses détracteurs, ils symbolisaient le dépassement, l’idéalisme et les limites des politiques de portes ouvertes.
Près d’une décennie plus tard, « Wir schaffen das » est devenu le raccourci des choix ayant marqué le mandat de chancelière de Merkel — une phrase désormais liée à l’identité en transformation de l’Europe.
Ce rapport place cet héritage dans un contexte démographique et historique : il retrace l’évolution des populations musulmanes en Angleterre, en Belgique, en France, en Allemagne, aux Pays-Bas et à New York entre 1980 et 2025, révélant comment la migration, la natalité et l’intégration ont remodelé les sociétés occidentales.
Aperçu démographique : Une longue trajectoire (1980–2025)
Les quatre dernières décennies ont été marquées par des changements démographiques graduels mais significatifs en Europe et en Amérique du Nord.
Les communautés musulmanes, autrefois de petites minorités issues de l’après-guerre, sont devenues aujourd’hui des groupes établis et multigénérationnels.
Angleterre
• 1980 : ~0,55 million de musulmans (≈ 1,1 %)
• 2000 : ~1,6 million (3 %)
• 2025 : ~3,8 millions (6,7 %)
La population musulmane d’Angleterre a plus que doublé depuis 2000. Londres compte à elle seule environ 1,32 million de musulmans (15 %).
Le nombre de mosquées est passé d’environ 300 en 1980 à près de 1 850 aujourd’hui.
Belgique
• 1980 : ~0,2 million (2 %)
• 2000 : ~0,4 million (4 %)
• 2025 : ~0,85–0,9 million (7–8 %)
La population musulmane de Belgique a quadruplé depuis 1980, dominée par les Belges d’origine marocaine et turque.
Bruxelles demeure la région la plus diverse, avec des communes comme Molenbeek et Borgerhout où les musulmans sont majoritaires.
Les données religieuses n’étant pas collectées officiellement, ces chiffres sont des estimations modélisées.
France
• 1980 : ~3 millions (5 %)
• 2000 : ~4,2 millions (7 %)
• 2025 : ~6–7 millions (≈ 10 %)
La France abrite la plus grande communauté musulmane d’Europe, principalement originaire d’Afrique du Nord.
En raison du principe de laïcité, la religion n’est pas enregistrée dans les recensements ; les estimations proviennent des enquêtes INED/INSEE.
La croissance reflète une installation durable plutôt qu’une arrivée massive récente.
Allemagne
• 1980 : ~1,5 million (2 %)
• 2000 : ~3,2 millions (3,9 %)
• 2025 : ~5,3–5,6 millions (6,5 %)
L’augmentation en Allemagne a été régulière : d’abord grâce aux familles d’anciens travailleurs invités turcs, ensuite aux réfugiés des Balkans, de Syrie et d’Afghanistan durant l’ère Merkel.
L’afflux de 2015–2016 marque un tournant, doublant le nombre par rapport à 2000.
Aujourd’hui, l’Allemagne compte plus de 2 500 mosquées.
Pays-Bas
• 1980 : ~0,28 million (2 %)
• 2000 : ~0,85 million (5 %)
• 2025 : ~1,05 million (6 %)
Les Pays-Bas montrent une croissance plus lente ces dernières années, reflet de la stabilisation des communautés turques et marocaines.
La plupart des musulmans vivent dans les grandes villes : Amsterdam, Rotterdam et La Haye.
New York City
• 1980 : ~0,35 million (5 %)
• 2000 : ~0,55 million (6 %)
• 2025 : ~0,75 million (9 %)
New York possède l’une des plus grandes populations musulmanes de l’hémisphère occidental, provenant de plus de 70 pays.
Aujourd’hui, environ un New-Yorkais sur dix s’identifie comme musulman — une communauté comparable en taille à celle de Londres.
Tableau comparatif : croissance de la population musulmane 1980–2025
|
Région |
Musulmans 1980 |
% 1980 |
Musulmans 2000 |
% 2000 |
Musulmans 2025 |
% 2025 |
Chg. absolue |
Chg. en points |
|
Angleterre |
0,55 M |
1,1 % |
1,6 M |
3 % |
3,8 M |
6,7 % |
+3,25 M |
+5,6 pp |
|
Belgique |
0,20 M |
2 % |
0,40 M |
4 % |
0,88 M |
7,5 % |
+0,68 M |
+5,5 pp |
|
France |
3,0 M |
5 % |
4,2 M |
7 % |
6,5 M |
10 % |
+3,5 M |
+5 pp |
|
Allemagne |
1,5 M |
2 % |
3,2 M |
3,9 % |
5,5 M |
6,5 % |
+4 M |
+4,5 pp |
|
Pays-Bas |
0,28 M |
2 % |
0,85 M |
5 % |
1,05 M |
6 % |
+0,77 M |
+4 pp |
|
New York City |
0,35 M |
5 % |
0,55 M |
6 % |
0,75 M |
9 % |
+0,4 M |
+4 pp |
Résumé visuel : part des musulmans (% de la population totale)
1980 ─────────── 2000 ─────────── 2025
Angleterre █ 1% → ███ 3% → ███████ 6,7%
Belgique █ 2% → ██ 4% → ███████ 7–8%
France ██ 5% → ███ 7% → ████████ 10%
Allemagne █ 2% → ██ 4% → ██████ 6,5%
Pays-Bas █ 2% → ███ 5% → █████ 6%
New York City ███ 5% → ████ 6% → ███████ 9%
Interprétation et tendances
- Croissance à long terme, rythme ralenti : de 1980 à 2025, la part musulmane a augmenté de 4 à 6 points dans la plupart des pays occidentaux.
- Concentration urbaine : Londres (15 %), Bruxelles (~20 % dans certaines communes), Paris métropole (~12 %), NYC (9 %) restent des pôles majeurs.
- Convergence démographique : la fécondité musulmane (≈ 2,7–3,0) diminue mais reste deux fois supérieure aux moyennes nationales (~1,4–1,7).
- Symbolisme politique : la décision de Merkel en 2015 inscrit l’Allemagne dans une trajectoire migratoire et intégrative similaire à celle d’autres démocraties occidentales.
Conclusion
Le « Wir schaffen das » d’Angela Merkel était plus qu’une phrase — c’était l’affirmation que l’Allemagne, et par extension l’Europe, pouvait assumer une responsabilité humanitaire sans perdre sa cohésion sociale.
Quatre décennies de données démographiques montrent que les communautés musulmanes sont devenues des composantes durables et intégrées des sociétés occidentales, mais dans certaines grandes villes et certains pays européens, elles sont devenues la minorité dominante sur les scènes politique et sociale.
De la croissance en Angleterre à la consolidation en France et à la transformation en Allemagne : les chiffres révèlent non pas un choc soudain, mais une évolution longue et régulière.
L’héritage de Merkel, vu à travers ce prisme démographique, révèle une vérité plus vaste qu’un slogan politique :
Les nations occidentales ont en effet « réussi », mais le résultat a transformé leurs pays et leurs villes d’une manière qui ne faisait pas partie de la promesse initiale.
Elles ont accueilli des millions de nouveaux citoyens, remodelé leurs villes et redéfini leurs identités.
L’identité occidentale reste majoritaire en nombre, mais ne l’est plus en influence. La rapidité des arrivées a fait que, plutôt que les nouveaux venus s’adaptent aux valeurs occidentales, ce sont leurs valeurs qui sont devenues dominantes.
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